« Accompagné, un malade ne pense pas à l'euthanasie »
L'Association des soins palliatifs est opposée à l'euthanasie : « Il faut laisser mourir les gens, mais en soulageant leurs souffrances physiques et en les accompagnant ». : archives Jean-Michel Niester
Suzanne Gérault, psychologue de l'Association des soins palliatifs, est contre l'euthanasie. Car l'accompagnement à la fin de vie permet de partir en paix.
Le débat sur l'euthanasie a été relancé il y a quelques jours avec la demande faite publiquement par Chantal Sébire. L'euthanasie, vous êtes pour ou contre ?
L'Association des soins palliatifs pour laquelle je travaille est contre l'euthanasie. Nous ne sommes pas pour le fait de faire mourir les gens. Il faut les laisser mourir, mais en soulageant leurs souffrances physiques et en les accompagnant.
Soulager les souffrances d'une personne, c'est parfois abréger sa vie...
C'est différent de l'euthanasie. C'est une décision prise par une équipe médicale pluridisciplinaire, avec l'accord du malade ou de la personne qu'elle a désignée « digne de confiance ». On n'inocule pas dans ce cas de produit mortel, mais un médicament qui permet de soulager la douleur. Parfois, effectivement, il fait avancer l'heure de la mort.
Vous accompagnez des personnes en fin de vie, certaines vous ont-elles déjà demandé qu'on les aide à mourir ?
Non. Quand une personne dit qu'elle veut mourir, généralement il faut comprendre « Je ne veux pas partir dans ces conditions-là ». Une personne bien accompagnée peut avoir des angoisses, des inquiétudes : elle peut avoir peur de mourir, peur de l'au-delà. Il faut avoir une approche globale de la personne que nous accompagnons. Le corps médical doit commencer par soulager sa douleur physique. Une personne qui ne souffre plus est libérée psychologiquement. Elle ne demande pas à mourir alors.
En quoi consiste l'accompagnement à la fin de vie ?
Nous sommes là pour écouter et faciliter la parole. Souvent les personnes à l'aube de la mort nous confient qu'elles sont dans l'impossibilité de dire des choses à des proches, qu'elles ont envie de revoir certaines personnes. Elles nous disent comment elles imaginent la mort, l'après, nous disent qui elles y souhaitent retrouver.
Les moyens sont-ils suffisants pour permettre aux patients de partir sereinement ?
Les progrès sont énormes sur la prise en compte et le traitement de la douleur. Encore faut-il en parler. Dernièrement une personne qui souffrait a fini par me confier qu'elle avait peur de le dire au médecin. Or il est primordial que les personnes soient en paix physiquement. Pour ce qui est de l'accompagnement, les besoins sont énormes. Beaucoup de familles font appel à nous, mais nous manquons de bénévoles.
Propos recueillis par
Stéphanie SÉJOURNÉ.
Ouest-France