Que pensez-vous de la nouvelle salle « La Luciole » ?
Co-voiturage




Anita Boudier habite désormais à Condé-sur-Sarthe. Elle feuillette l'album de famille, du temps où elle aussi vivait rue Guynemer. « La rue Guynemer, c'est toute notre vie. Mes parents habitaient au départ dans des combles, boulevard Dufresne, près de la gare. Je suis arrivée ici avec ma famille le 1er avril 1959, j'avais 4 ans, mon petit frère avait 1 an. Le bâtiment était tout neuf. Il était à peine fini. La première semaine, on a même vécu sans eau ni électricité. Papa a travaillé 47 ans à Moulinex. Maman était femme au foyer. Ici, c'était une cité ouvrière. On était tous de la même classe sociale. Les gens allaient boire le café les uns chez les autres. Les enfants étaient toujours ensemble. Tout le monde se connaissait, était solidaire.
Une vie calme, tranquille, sans inquiétudes ni pour les enfants ni pour les parents. Que du bonheur. Moi-même, j'ai quitté le quartier en 1976 après mon mariage (mes beaux-parents habitaient le logement juste au-dessus du nôtre) mais tous les jours, je revenais voir ma famille, rue Guynemer.
Ce n'est plus pareil
Cette belle vie a duré une trentaine d'années et puis, pour diverses raisons, des logements se sont libérés. La ville a commencé à reloger, rue Guynemer, des gens en grande difficulté, dont on ne voulait pas ailleurs. C'est devenu une catastrophe complète. Du bruit, des vols dans toutes les caves. Ma mère a abandonné la sienne. De toute façon, elle ne pouvait plus rien y mettre. Maintenant c'est la peur, les descentes de police, les contrôles... et la mauvaise réputation. L'autre jour après l'incendie, des voisines m'ont dit : tiens, il y a encore eu le feu, rue de la soif.
Mon père est décédé en juin dernier. Ma mère est la seule personne de la rue qui n'a jamais quitté son logement. Elle s'y plaisait beaucoup, chez elle ça brille comme un miroir, mais maintenant avec toute cette peur et, en plus, ses problèmes de santé, elle souhaite avoir un autre logement, en rez-de-chaussée ou avec ascenseur, près des commerces. Ça fait trois ans qu'elle attend. Je ne comprends pas qu'on ne puisse pas trouver quelque chose à quelqu'un qui paie son loyer régulièrement depuis 49 ans. »