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« J'étais à l'époque à la direction centrale de la police judiciaire à Paris, à la 4e section, celle des atteintes à la sûreté de l'État. Nous avons vécu les événements de mai 68 assez tranquillement, sans intervenir. Nous n'étions pas en première ligne. On subissait les événements comme citoyens. Pour me déplacer de Saint-Germain-en-Laye, c'était parfois compliqué avec les manifs, le manque d'essence. Alençonnais d'origine, je me renseignais chaque matin pour savoir si la ville avait bougé.
Ce n'est qu'au mois de juin que notre action a été visible, après la reprise en main par le général De Gaulle. Le ministre de l'Intérieur Marcellin a alors ordonné la dissolution des Ligues qu'elles soient anarchistes, trotskistes ou maoistes. Nous avions alors mené une opération d'interpellation : 104 personnes au total sur tout le territoire, 48 ont comparu devant la cour de sûreté de l'État. Le 30 juin 1969, tout le monde était amnistié. Il y a quelques souvenirs croustillants de cela : on a évacué l'école des Beaux-arts. On avait pris de multiples précautions. Quand nous sommes arrivés, tout le monde dormait. On a trouvé des petites pastilles blanches sur des tréteaux. On pensait à de la drogue, c'était en fait de l'aspirine. Les gars nous ont dit ensuite qu'ils vendaient ça aux filles comme contraceptif.
Ces groupuscules ont ressurgi dès septembre : la gauche prolétarienne, la nouvelle résistance populaire, tous les mouvements « mao Spontex ». Ils ont réalisé des enlèvements comme celui du député parisien De Grailly en 1970 ou d'un cadre de la régie Renault. On ne savait pas de quoi ils étaient capables. En Italie, il y avait les Brigades rouges et en Allemagne, les Fractions armée rouge mais ces groupuscules n'ont jamais voulu que le sang coule. C'est de cela que découle aussi Action directe où là malheureusement, le sang a coulé. Mais tous ces mouvements, marginaux avant 68, avaient profité des événements de mai pour se trouver dans la lumière. »