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Marc Lincourt commémore le 400e anniversaire de la création de Québec en mettant en scène 400 patronymes québécois dans son oeuvre monumentale « La Grande Vague ou la mémoire de l'eau salée ». « Je ne voyais pas comment on pouvait célébrer les 400 ans de Québec sans y convier les Québécois vivants mais aussi l'esprit des anciens qui ont, avant nous, ouvert ces chemins difficiles, voire impossibles », explique le plasticien. Travaillant depuis de nombreuses années sur le thème des lettres et des racines, cette thématique s'imposait à lui.
400 noms pour 400 ans
Comment rappeler une histoire vieille de quatre siècles en une seule oeuvre, telle est la difficulté affrontée par Marc Lincourt. Un jour, l'idée est apparue clairement à l'esprit de l'artiste. « Après m'être répété plusieurs fois la phrase au sujet des ancêtres, je me suis dit qu'il fallait impliquer nominativement les familles des premiers colons dans mon oeuvre. Je me suis donc assis à une table et j'ai arpenté de mémoire les rues de mon enfance pour lister des noms de famille répandus au Québec », expose-t-il. Au final, 400 noms sont remontés de ce voyage dans le passé de l'artiste ; 400 patronymes français établis au Canada il y a maintenant 400 ans.
Plus tard, c'est en marchant dans Paris que le Québécois a pu continuer à avancer sur le chemin de la création de son oeuvre. « Je suis passé devant une librairie qui allait détruire une montagne de livres invendus. J'ai discuté avec le libraire et j'ai pu sauver 400 livres » se souvient-il. Touché par le récit, il scelle les livres pour les protéger et décide que chacun d'eux représentera l'histoire d'une famille de colons français partis pour la Nouvelle-France. Le projet de l'artiste avance peu à peu.
Obsédé par le bruit et le mouvement de l'océan lors d'un voyage à La Rochelle, Marc décide que l'assemblage de ses livres prendrait la forme d'une vague pour rappeler les premières traversées des futurs Québécois. « La sculpture commençait à prendre forme mais il manquait quelque chose de poétique à l'oeuvre. C'est en discutant avec un saunier que j'ai trouvé. J'ai choisi de disposer du sel sous les 400 ouvrages. Le sel contenu dans la mer et dans les larmes de joie ou de peine était l'or blanc de l'époque. C'était bon, l'oeuvre pouvait enfin voir le jour », conclut, ému, le plasticien.
Un lien intime
Au-delà du symbole important pour le Québécois qu'il est, Marc Lincourt entretient un lien intime avec son oeuvre. « Ce sujet m'a remué sérieusement, confie-t-il. C'est le travail le plus important de ma carrière. » Pendant douze mois, lui et ses assistants ont été entourés par 400 noms qui les ont hantés. « Je ne pouvais pas être déconnecté de l'oeuvre. Je peux raconter l'histoire de chacune des familles que j'ai choisies. Chaque patronyme est une référence pour moi », assure Marc Lincourt. De plus, les ancêtres français de l'artiste sont originaires de Brouages (Charente-Maritime), tout comme Champlain, le père du Québec.
Jérémy CHAUCHE.
Pratique. La Grande Vague ou la mémoire de l'eau salée, jusqu'au 14 septembre au Musée de l'Émigration française au Canada de Tourouvre. Du mardi au dimanche, de 11 h à 18 h. Tarifs : 5 €, réduit 3 €.