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Co-voiturage




Défilé des délégations de grévistes, en mai 68 à Alençon. : Jacques GarcinMai 68 a commencé par des échanges entre Margot et Alain. On allait se voir. Il existait une indéniable culture politique, nous savions faire la différence entre les trotskistes, les anarchistes, les communistes et les pro-Chinois. J'ai été aidé a acquérir cette culture par deux professeurs. Un professeur d'histoire-géographie nous a notamment sensibilisés à l'histoire du monde ouvrier. Nous étions quatre ou cinq à écouter ses cours en dehors des nôtres tellement c'était passionnant.
Passion des échanges
Quand il y a eu la grève, c'est vrai que de fortes têtes se sont tout de suite démarquées. On s'est mis en assemblée générale et on a réfléchi sur les rapports profs-élèves, sur la manière de les faire évoluer. En même temps, on était en période d'examen, on préparait le bac. Le soir, on se retrouvait à la « Re » on discutait mais c'était quand même la province, il faut relativiser. Beaucoup de lycéens montaient à Paris et ils en revenaient avec des tracts et des idées.
La liberté d'expression était un véritable besoin. Je me souviens de cette période comme d'une parenthèse. Il faut dire qu'à l'époque, les élèves de terminale étaient déjà de jeunes hommes. Je retiens de cette période la capacité de discuter, d'écouter, de construire, une grande passion des échanges.
Il ne faut pas oublier qu'en 1968, les jeunes qui accédaient à la terminale étaient des fils de la petite ou de la moyenne bourgeoisie. Il y avait des petits troquets un peu partout et c'était l'époque des bals. Nous nous connaissions tous très, très bien. Maintenant, ça tourne beaucoup plus.
Il y a eu quelques incidents entre colleurs d'affiches, entre ceux qui voulaient reprendre les cours et ceux qui voulaient poursuivre la grève. Il n'y a pas eu de barricades à Alençon mais un appel d'air immense de Moulinex.
Les leaders lycéens étaient des gens très brillants. Nous sortions d'un modèle et nous avons voulu en proposer un autre parce que nous pensions que nous étions arrivés au bout. C'était l'époque des slogans, des affiches, des écrits. Nous avons ensuite vécu une période difficile avec un retour de manivelle. C'est l'éternelle histoire du balancier. Avec le recul, je pense que mai 68 a été un peu exagéré. Dans un sens comme dans l'autre. Il faut relativiser ».