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Jean-Pierre Prévost déverse la récolte du matin dans son entrepôt, grâce à une vis, avant de repartir vers un autre champ. Nous sommes en pleine moisson, il n'y a pas une minute à perdre. Première tâche, entretenir la « bête », une moissonneuse dernier cri de 4 m de large. Chaque matin, le rituel est le même, vérification des niveaux d'huile, graissage ou encore dépoussiérage. « Je fais les poussières sur ma machine mais pas à la maison, c'est pas la même chose. » Et c'est en faisant la moue que chaque matin Jean-Pierre fait le plein de fioul. Avec l'augmentation du prix du pétrole, le céréalier a dû dépenser 6 000 € de plus que l'an dernier à la même période. « J'ai eu un peu peur avec les mauvais jours, début juillet, heureusement, cette année, la récolte est bonne. »
Une histoire de famille
Une fois l'aspect mécanique terminé, un moment que Jean-Pierre affectionne particulièrement, le temps est venu de couper les blés. Il est 10 h 30 du matin et le soleil brille fortement depuis le lever du jour, le taux d'humidité devrait être idéal. Jean-Pierre se rend sur l'une de ses 18 parcelles, entouré de petites mains. L'agriculteur avait une quinzaine d'années quand « il est tombé dedans ». « C'est une histoire de famille. Mon père était agriculteur et mon fils est passionné. Il est commercial en attendant de s'installer. » Et pour Aurore, la fille de la famille, « à 24 ans et c'est ma 24e moisson. Quand j'étais petite, je dormais entre les jambes de mon père, dans la cabine. » Mathieu, le neveu de Jean-Pierre est également présent pour donner un coup de main. Les présentations faites, le travail peut commencer. La cabine de la moissonneuse s'apparente plus au cockpit d'un avion qu'à un engin agricole. Ordinateur de bord tactile, nombreux affichages numériques et commandes en tous genres, sans oublier l'autoradio et la climatisation pour le confort. Il faut au moins ça au céréalier qui, en un mois, fauche 100 ha de blé.
Un puissant vrombissement accompagne maintenant le mouvement de la moissonneuse tandis que la trémie, le réservoir de la machine, se remplit rapidement. Quelques minutes plus tard, un tracteur roule parallèlement à la moissonneuse-batteuse. Aussitôt, une pluie d'or se déverse dans la remorque de ce dernier. Pas une seconde à perdre. Quelques minutes suffisent à terminer le champ, abandonné hier soir, pour cause de fatigue. Le labeur accompli, direction une autre parcelle. Cette fois, il faut emprunter la route. Aurore précède la moissonneuse avec un 4x4 sur lequel trône un panneau « Convoi agricole », une précaution désormais obligatoire. Sur le chemin, un ballet de moissonneuses occupe les champs qui se perdent à l'horizon.
Une question d'organisation
11 h 45. Jean-Pierre abandonne la moissonneuse sur la parcelle. « C'est l'heure d'aller manger ! ». Le 4x4 prend la direction de la maison, à Normandel. Ce midi encore Claudine, l'épouse du céréalier a mitonné un bon petit plat pour les travailleurs acharnés. À table, la discussion s'oriente naturellement vers... la moisson. Au menu de la conversation ce midi, les « baptêmes de moissonneuse. » « Les gamins aiment bien venir voir à quoi ça ressemble et monter dedans », s'amuse Jean-Pierre.
Le repas avalé, pas le temps de traîner, la famille espère avoir terminé la moisson dans quatre jours. De retour dans les champs, le céréalier renfourche sa moissonneuse et le rituel reprend.
Jean-Pierre récoltera jusqu'à minuit, s'accordant tout de même à 19 h, une petite pause casse-croûte. « Tout est une question d'organisation », précise-t-il. Une fois récolté, le blé de cet après-midi est transporté au silo de la coopérative. Celui-là sera utilisé pour la fabrication du pain.
La moisson terminée, le céréalier sèmera le colza et s'attellera au traitement des champs de céréales. Son petit plaisir, il se l'accordera en décembre. « À Noël, c'est la période creuse donc je vais à la chasse. »
Emilie BAR.