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70e : La bataille de la Poche a bousculé l’Histoire... |
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Pas de légende enregistrée © OF
Le succès du Débarquement fait parfois oublier que 77 jours furent nécessaires pour libérer la Normandie. C'est dans l'Orne que se sont achevés les combats.
Les prémices
L'histoire de la Poche de Falaise-Chambois commence dès début août. Le 7, les Allemands lancent une contre-offensive sur Mortain dans le but de couper les lignes américaines. La manœuvre échoue et l'armée allemande se voit prise au piège d'un premier encerclement à Flers puis un second à Falaise. Deux jours plus tard, les Américains prennent Le Mans. « C'est le début du mouvement enveloppant, assure Stéphane Jonot, directeur du Mémorial de Montormel, le plan d'encerclement est en place. »Le 15 août, Hitler donne l'ordre à ses troupes de se replier. Une grande partie s'échappe mais plus de 100 000 soldats de la Wehrmacht se retrouvent pris au piège.
Le piège est en place
Le 18 août, la tenaille se resserre. Les Canadiens et Polonais se dirigent vers Trun, puis Magny et Saint-Lambert. Américains et Britanniques se rejoignent à l'ouest de Flers. Au sud les Américains et les Français (sous commandement américain) hésitent, des milliers d'Allemands réussiront encore à s'extraire de la Poche. L'avancée des troupes reprend le 17. Dans la nuit du 17 au 18 août, les Polonais se retranchent sur la côte 240 (emplacement actuel du Mémorial de Montormel, surnommé « maczuga », massue en polonais à cause de sa forme). Au matin, les Canadiens libéraient Trun.
La fermeture de la Poche
Le 19 août, les tirs d'artillerie se concentrent sur Tournai-sur-Dive. Les obus tirés par les 200 canons tomberont pendant 57 heures. Une éternité pour les civils, également pris au piège de la bataille. En début de soirée, les Américains rejoignent les Polonais à Chambois. La Poche est finalement fermée.
La contre-attaque allemande
Les Allemands pris au piège de la Poche ne se laissent pas abattre et mènent une contre-attaque sur Chambois le 20 août. Le « couloir de la mort » entre le pont de Saint-Lambert et le gué de Moissy est bombardé sans relâche par l'aviation alliée.
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Le 21 août
Les dernières attaques allemandes affaiblissent un peu plus les Polonais, durement éprouvés mais résistants. Les Canadiens les rejoignent dans l'après-midi. Après trois jours de bataille forcenée, 2 000 soldats allemands se rendent à Tournai-sur-Dive. La bataille de la Poche est terminée.
L'abbé Launay
Reclus pendant 57 heures avec trois paroissiens dans une cave à Tournai alors que les obus tombaient sans relâche, l'abbé Launay a joué un rôle essentiel dans la fin de la bataille. C'est lui qui négociera avec un soldat canadien la reddition des 2 000 Allemands de Tournai en les emmenant se rendre aux Alliés.
Une bataille hors-norme
« C'est la plus grosse bataille engagée à l'ouest de l'Europe », mitraille Stéphane Jonot. Dans l'Orne, six nations se sont affrontées. 100 000 Allemands et 150 000 Alliés ont combattu sur quelques kilomètres carrés. 10 000 Allemands sont morts ici, 50 000 ont été faits prisonniers et beaucoup d'autres encore auront réussi à s'extirper par l'étroit corridor du « couloir de la mort », sans armes le plus souvent. Parmi les Alliés, les Canadiens et les Polonais qui ont « refermé le bouchon de la Poche » ont payé le prix fort. « L'une des plus grandes tueries de la guerre », dira le général Eisenhower.
Un lourd tribut pour les civils
« À ceux qui disent que seulement 66 civils sont morts ici, je décris l'horreur après la bataille », souffle Stéphane Jonot. Pendant des semaines, les survivants se retrouveront au milieu des cadavres de soldats et de chevaux. « L'odeur était épouvantable, la nappe phréatique polluée, les gens fumaient pour masquer l'odeur de la mort », poursuit le directeur du Mémorial.
Direction Paris
L'épilogue de la Bataille de Normandie marque un tournant capital dans la Libération de la France, c'est « le commencement de la fin de la guerre » selon les mots de Montgomery. Les troupes allemandes sont désorganisées. La victoire assurée dans l'Ouest, les Alliés se dirigent vers la Seine puis libéreront Paris le 25.