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Ces parents d'enfants handicapés crient à l'exclusion... |
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Mercredi, à l'école primaire de Carrouges. Quentin, Rudy, Augustin et Laura, handicapés, sont scolarisés dans la « Clis ». En photo, Eugénie (et son petit frère Rémy au premier plan), Quentin, et leurs parents, Fabienne et Hélène, Cécile et Philippe.
Faute d'élèves (5 au lieu de 12), la classe d'intégration de Carrouges va fermer. Les parents, qui manifestent aujourd'hui, s'inquiètent des conditions de scolarisation de leur enfant, trisomique ou autiste, à la rentrée.
Témoignages
Cécile Legué et Philippe Legendre, parents de Quentin, 8 ans, trisomique.
Quentin est en CP dans la Classe d'intégration (1) scolaire de l'école primaire de Carrouges. Tout se passe très bien. Le matin, nous le déposons à l'école avant d'aller travailler. Le soir, il prend le car ou reste à la garderie. Il a ses habitudes et ses copains, connaît ses intervenants, sa maîtresse. C'est primordial car un enfant trisomique a des relations sociales très fortes. Sa présence dans ce pôle scolaire a permis une ouverture d'esprit. Quand il se promène à Carrouges, il n'est pas regardé comme un enfant handicapé mais comme un petit garçon comme un autre. On a entendu dire que la Clis allait fermer. On n'a pas reçu de courrier officiel. On ne sait même pas si on va en recevoir un. Pour nous, Quentin restera à Carrouges en septembre. Mais si la classe ferme, il sera obligé d'aller en taxi à l'école à La Ferté-Macé, à 25 km. Soit, matin et soir, vingt à trente minutes de trajet qui fatigueront encore plus un enfant qui se fatigue déjà vite. Et comme nous ne l'emmènerons plus, nous ne parlerons plus de son comportement en classe avec la maîtresse. On a contacté notre conseiller général, on a écrit une lettre ouverte à Luc Chatel qu'on a remise au sénateur Goulet, etc. On a décidé de mener une action ce vendredi à 10 h à l'école. Tous les maires des communes alentour et des parents ont été invités.
Hélène et Fabien Van Cauwenberge, parents d'Eugénie, 7 ans et demi, trisomique
Nous vivons à Longuenoë, entre Carrouges et Alençon. Cette Clis n'accueille pas que des enfants de Carrouges. Pour l'instant, Eugénie est scolarisée en milieu ordinaire à Saint-Didier-sous-Écouves. Elle est en CP dans une classe à triple niveau. Elle est avec des enfants qui évoluent rapidement. Elle se met en retrait et ne veut plus progresser en lecture et en écriture. La Clis - en équipe pluridisciplinaire - a été envisagée pour elle dès le mois d'octobre. On a montré l'école de Carrouges à Eugénie et on lui a dit qu'elle viendrait dans cette Clis. Lors d'une réunion, un inspecteur (de l'Éducation nationale) nous a annoncé que la Clis fermait. « Pour le bien-être des enfants, pour leur développement et pour qu'il y ait un plus grand groupe d'élèves dans une plus grande école », nous a-t-on justifié. On veut bien entendre ces arguments mais se pose le problème du transport d'Eugénie : 3/4 d'heure de route en taxi représente un coût annuel de 10 500 € pour le conseil général, qui finira par dire halte là ! Elle partira à 6 h 50 et rentrera à 19 h. Avec cette distance et ce temps, on ne parle plus d'inclusion mais d'exclusion scolaire. Or, en Clis, un enfant apprend à lire, à compter et à être autonome pour ne pas devenir une charge. Avec un enfant handicapé, il faut mener un travail sur mesure.
Jérôme BEZANNIER.
(1) Une Classe d'intégration scolaire (Clis), rebaptisée Classe pour l'inclusion scolaire en 2009, n'accueille pas plus de douze enfants. Celle de Carrouges en compte quatre, cinq avec Eugénie qui devait l'intégrer en septembre 2011.
Ouest-France