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Le cheval percheron au chevet de la planète ?... |
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Les prix de bandes en fin de journée sont impressionnants.
L'avenir de cette « race menacée » viendra peut-être du développement de l'agriculture bio. En attendant, l'emblème du Perche paradait, dimanche, à Mortagne.
Une centaine de chevaux percherons ont défilé hier devant les anciennes tribunes de l'hippodrome de Mortagne-au-Perche. Le championnat départemental n'est pas seulement une grande parade dans le berceau de la race. Ultime sélection avant le national du Haras du Pin, ce rassemblement est un moment attendu des derniers éleveurs percherons avec la consécration ou la déception après le verdict du jury. Et l'occasion de lancer un SOS devant la menace de la disparition de cette race emblématique du Perche dont l'origine est attribuée au croisement d'une race locale de trait et d'un cheval arabe.
20 000 : c'est approximativement le nombre de chevaux percherons recensés sur Terre. Michel Lepoivre, président du Syndicat Ornais du cheval percheron estime entre 100 à 200 les spécimens vivant dans le « berceau de la race », c'est-à-dire dans le « grand Perche ». 500 à 700 juments, typées percheronnes, sont saillies chaque année par 140 étalons. L'éleveur de Saint-Aubin-de-Courteraie, même s'il croit en l'avenir, reconnaît que la race est aujourd'hui « menacée ». Jacki Lorenzo, n'est guère optimiste sur sa destinée.
« Son entretien coûte très cher »
« L'avenir du percheron n'est pas rose ». Pourquoi ? « Son entretien coûte très cher, environ 2 500 € par an. Il faut avoir de l'argent pour avoir des chevaux ». L'élevage est donc loin d'être une source de revenus, plutôt une affaire de passionnés et de mordus. « Nous avons tous un emploi. Je suis poissonnier à Paris, Michel Lepoivre est entrepreneur. » Quintus, le grand cheval (1,85 m au garrot) qu'il a élevé à Saint-Victor-de-Réno foulera dans quelques jours le sol marocain. Son nouveau propriétaire, le roi du Maroc, l'a acquis pour la coquette somme de 32 000 €. Pour autant, cette somme « extraordinaire » pour un cheval percheron ajoutée à celle des autres juments vendues cette année ne suffira pas à l'éleveur pour couvrir les frais de nourriture et de vétérinaire.
Après avoir connu son apogée avec la diligence, le transport des hommes et des marchandises, les travaux dans les champs et le débardage en forêt, ce cheval de trait lourd « au sang-froid », calme et solide, doit son déclin à la mécanisation. Beaucoup d'animaux ont terminé leur vie sur les étals des boucheries chevalines. Ce débouché, peu glorieux, a un temps modifié les critères de la race en privilégiant les animaux charnus. Cette économie n'a pas complètement disparu et concerne aujourd'hui environ 1/3 des percherons. « La sélection nécessaire pour préserver les standards de la race passe par l'élimination » confie un éleveur. Reste que « la viande de percheron se vend très mal. Elle est grasse, les amateurs préfèrent la viande du pur-sang ».
À quoi peut servirun percheron aujourd'hui ?
Prisé des Japonais et des Américains, ce cheval, costaud comme un sumo, est capable de tracter des charges extrêmement lourdes et fait la joie des fêtes populaires. Aujourd'hui, le percheron tente de recommencer à creuser son sillon avec le développement durable, la réinsertion. Sa force tranquille inspire la sérénité, apaise les comportements en ville. On le voit à Argentan, Honfleur ou Deauville, promener des touristes, transporter des enfants, ramasser les ordures ou transporter l'eau pour arroser les plantes de la ville. En plus « ça évite les gaz d'échappement » précise Romain Lepoivre, 24 ans. En Allemagne où la pression des Verts est forte, le cheval percheron débarde les arbres des zones sensibles ou inaccessibles. Il est aussi surtout connu pour sa participation à la fête de la bière. Les éleveurs comptent aussi sur le développement du bio pour le voir revenir dans les exploitations agricoles, notamment dans les vignes.