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Quand le médecin de campagne retarde sa retraite... |
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Pierre Duval travaille avec deux autres médecins généralistes dans ce cabinet d'Ecouché.
Pierre Duval, médecin généraliste à Écouché, a 65 ans ce jeudi. Mais il ne prend pas sa retraite ! Les candidats ne se bousculent pas pour succéder à ce médecin ornais surchargé de travail.
« Ce jeudi, je suis à la retraite... Mais je continue ! » Pierre Duval, médecin généraliste depuis 1973 à Ecouché (1 400 habitants), est certes passionné par son métier. Mais surtout, « je ne m'imagine pas cesser mon activité sans que l'avenir médical de mes patients soit assuré », déclare-t-il. Ils ne sont que trois généralistes dans le cabinet médical d'Ecouché, un peu plus de 200 en libéral dans l'Orne.
Aucun successeur au Dr Duval pour l'instant : « Seuls 9 % des étudiants en médecine s'orientent vers la médecine générale. » Et le milieu rural repousse ces 9 % de courageux. « Je travaille 70 heures par semaine », témoigne le médecin, sans se départir de son sourire. Ce « senior » est sur le pont de 8 h à « 20 h 30-21 h » du lundi au vendredi, plus le samedi. Hier, entre 8 h 15 et 13 h, il a reçu quinze personnes, a constaté un décès à domicile et effectué quelques points de suture en urgence.
Après une rapide pause déjeuner, les visites à domicile le mènent dans un rayon de 10 km autour d'Ecouché. Une aide à domicile s'inquiète pour cette femme de 82 ans souffrant d'Alzheimer. Après examen, le médecin la rassure : « C'est ça ou la maison de retraite... » « Ah non ! » proteste la dame.
Sur la route, les automobilistes saluent le médecin. « Les gens m'offrent poules, oeufs, lapins, boudin... » Des patients reconnaissants. « A Argentan, vous ne trouverez pas des médecins venant à domicile, considère Véronique, une patiente de 50 ans. Le médecin de campagne est en voie de disparition. Les gens mobiles pourront aller en ville. Pas les personnes âgées. »
Si Pierre Duval s'en va, le cabinet pourrait-il survivre avec deux médecins seulement ? « Il me faut un bon successeur, estime-t-il. Qui prenne bien en charge les patients, qui aime la médecine générale et qui ne veuille pas d'une semaine de quarante heures. » Pierre Duval fonde ses espoirs sur « des structures qui permettent d'accueillir mes confrères dans de bonnes conditions. Des maisons médicales, par exemple. »
Dans sa salle d'attente, une affiche alarmiste de 1998 témoigne de l'ancienneté du problème. Le recours aux médecins étrangers ? « Ce n'est pas une solution durable. Il faudrait instaurer non pas une carte sanitaire mais au moins un service médical obligatoire. Faire travailler les jeunes médecins dans une zone sous-dotée en médecins pour une période déterminée : deux à cinq ans. »