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Innovation. L’inventeur du Design français installe son atelier à Argentan... |
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Pierre Philippe est originaire de La Ferté-Macé et a suivi des études de design à Bruxelles. Il lance sa marque en 2016 et commence à en commercialiser les références. Son atelier se niche à Argentan. © Ouest-France
Originaire de La Ferté-Macé, Pierre Philippe vient d’installer son atelier à Argentan. Le jeune créateur s’est fixé pour principe de « réinjecter de la beauté » aux objets les plus déconsidérés.
Sublimer l’ordinaire… Chez Pierre Philippe, les courbes élégantes d’une bouteille de liquide vaisselle sautent soudain aux yeux. Tout comme l’aspect miroitant d’une truelle lustrée. Le jeune Ornais a lancé sa marque, le Design français, en 2016, alors qu’il travaillait pour une société d’architecture d’intérieur (de luxe) basée à Bruxelles.
Ce trentenaire imaginatif a ainsi pu financer lui-même chacun de ses prototypes, patiemment élaborés pendant deux ans. Aujourd’hui, il a rapatrié son atelier à Argentan et lance la commercialisation d’une quinzaine de références.
Son appartement, niché sous les toits argentanais, s’habille de créations déconcertantes, invitant à la perplexité autant qu’au sourire. Passé l’effet de surprise, il entrouvre volontiers les portes de son univers.
« Ma démarche consiste à voir la beauté des choses basiques : tout dépend du regard que l’on pose sur elles », décrit-il. Pour lui, « tous les objets sont chargés de sens, sinon, ils n’ont pas vraiment d’utilité ». Parce que « si c’est simplement fonctionnel, ça n’est pas amusant », sa table de salon se mue en table-établi percée de clous en laiton, éclatants, tordus. Élancés, ses « soliflores vaisselle » transparents ou colorés portent des noms évocateurs : « PH neutre pour peaux sensibles », « Fraîcheur océane nouvelle formule »…

Du supermarché au musée
Penché sur son bureau en forme de table à repasser en acier chromé et verre teinté, le designer éclaire ses plans d’un fer détourné dont les jets de vapeur se sont mués en jeux de lumière.
Stakhanoviste de la création, ce Fertois de 33 ans a derrière lui un parcours aussi stupéfiant que son mobilier. En étudiant les Beaux-arts au Mans et à Brest, il se découvre un intérêt pour le design qu’il part étudier à Bruxelles.
En 2011 lui tombe alors du ciel, « un peu par hasard », une proposition pour le moins alléchante. « Le père d’une autre étudiante connaissait le président des Seychelles, James Michel, qui cherchait à l’époque des designers pour trois îles artificielles, rembobine le Normand. Elle a glissé mon nom et on m’a proposé de constituer une équipe pour travailler sur le projet. »
Du port aux routes en passant par les futures habitations, Pierre Philippe dessinera entièrement l’une des trois îles et contribuera au design des deux autres. Il conclura ensuite ses études auprès des Ateliers Jean Nouvel, en réalisant la scénographie du musée du Qatar.
Le tout sans jamais renier ses aspirations artistiques : « Je continue à peindre, c’est plus un besoin qu’autre chose, avoue-t-il. Et j’accepte encore avec plaisir de designer des objets en dehors de ma propre marque, pour répondre aux demandes. » L’artiste prépare ainsi un buste de cheval en bronze, pour l’hippodrome d’Argentan.
De toute évidence un brin hyperactif, il est pourtant venu chercher dans la cité argentanaise le calme propice à l’émergence de ses idées. « Je travaille avec des artisans proches du lieu où je crée, pointe en outre le Néoargentanais. C e territoire regorge de richesses, il suffit de savoir où on veut aller. »
Lorgnant vers un bougeoir en forme d’allume-gaz, il a finalement cette fulgurance : « Les supermarchés d’aujourd’hui sont les musées de demain. Je me contente de magnifier ce qu’ils ont à offrir, de façon anticipée. »