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Orne. L’aire de grand passage des gens du voyage ne passe pas... |
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Une centaine de personnes a assisté à la réunion publique qui s’est tenue à Nonant-le-Pin, mardi soir. © Elodie Dardenne
C’était la première étape du projet, désormais dévoilé, d’aire de grand passage dans la commune de Saint-Germain-de-Clairefeuille. Une réunion publique s’est tenue, mardi 3 avril, à Nonant-le-Pin.
Il y a dans la salle, essentiellement des mécontents. Ça se sent dès le départ. Quelques anti-GDE se sont regroupés, des habitants de Saint-Germain-de-Clairefeuille, pas mal de Nonantais, des curieux aussi, des vieux et des jeunes. En face, on a anticipé et invité la grosse cavalerie. Autour de la préfète Chantal Castelnot, les deux sous-préfètes de Mortagne et d’Argentan, des élus, la gendarmerie, et des voisins du Calvados pour un retour d’expérience.
La préfète débute par une présentation rapide du projet. « Notre département n’est pas dans la légalité », rappelle-t-elle. L’Orne ne possède toujours pas d’aire de grand passage pour les gens du voyage comme la loi le prévoit depuis… 2000. « Alors quand un groupe se présente, il s’installe n’importe où et ça peut créer un trouble. »C’est pour cela que l’État cherche, depuis plusieurs mois déjà , un terrain approprié dans le département. « Il fallait un terrain bien desservi, hors terres agricoles, hors zone Natura 2 000, etc. On a trouvé celui de Saint-Germain qui fait 5 ha, pouvant accueillir jusqu’à 200 caravanes. »

« Woodstock-le-Pin »
« Il semble que le projet soit ficelé et que la population n’ait pas son mot à dire », commence Noëlle Sandoz, anti-GDE bien connue. Applaudissements. Une habitante tente même de faire changer d’avis l’État : « À la sortie de l’autoroute, à Sées, il y a une zone économique qui ne sert à rien, pourquoi pas là -bas ? » La préfète promet d’y jeter un œil. Elle évoque aussi la possibilité que l’aire serve à d’autres activités.
Le gros mot « festival » est lâché, les gens dans la salle aussi : « On ne veut pas de Woodstock-le-Pin ! » Certains plus que d’autres : « Ces gens-là on les connaît bien, ils se sentent bien partout. » « On va avoir du jazz manouche jusqu’à quelle heure ? » Voleurs, manouches… Marie-Claire Beauvais-Guerin, maire de Saint-Germain, répond : « Il y a du racisme, de la ségrégation. » La salle éructe.
« Ça n’a jamais généré de phénomènes de délinquance »
Le capitaine Soubien, n° 2 de la compagnie de gendarmerie Argentan-Alençon, tente d’apaiser les choses : « Depuis 33 ans que je suis là , ces grands rassemblements n’ont jamais généré de phénomènes de délinquance. Et puis ils sont là , on ne peut pas les ignorer. Pour moi, tout le monde a le droit au respect. »
Une mamie hoche la tête et fait gigoter ses bouclettes grisonnantes. « Pourquoi là ? » revient souvent, inlassablement. « Les gens du voyage ont donné leur accord », répond maladroitement Chantal Castelnot. « On les interroge eux et pas nous… » « Ils ne l’ont pas choisi, rectifie la préfète, ils ont dit que ce terrain ne posera pas de problème. »
À la sortie, un peu avant minuit, l’État compte les coups. Les opposants, eux, envisagent déjà la suite, parlent de pétition, promettent de ne pas en rester là . « On est coriaces par ici ! »